Interview du 11 avril 2022

 

Bonjour je suis Professeur d’urologie au CHU (Centre Hospitalo-Universitaire) de Nîmes et à l’Université de Montpellier, et j’ai dédié mon activité essentiellement à la cancérologie et à la prise en charge des troubles de la fertilité et de la sexualité des hommes. Ce sont également les domaines de recherche que j’ai développés depuis une vingtaine d’années.

En quoi consiste « l’urologie-andrologie » ?

Un service d’urologie-andrologie, c’est un service d’urologie classique dans lequel des médecins sont « sur-spécialisés » dans la prise en charge des dysfonctions sexuelles et des troubles de la fertilité des hommes, essentiellement.

Quels sont les liens entre prostate et troubles sexuels ?

La prostate est une glande sexuelle qui est située sous la vessie, elle entoure l’urètre. Elle a comme rôle essentiel la formation du sperme. C’est donc une glande très importante pour la fertilité. Elle a, d’un point de vue anatomique, la particularité d’être entourée par les nerfs qui descendent vers le pénis et qui permettent l’érection. Donc, toute lésion de la prostate va faire courir le risque au patient de troubles de l’érection.

« Toute lésion de la prostate peut entraîner des difficultés d’érection »

Les traitements du cancer de la prostate peuvent-ils entraîner des problèmes d’érection ?

Les différents types de traitement du cancer de la prostate sont, globalement, la chirurgie, la radiothérapie, l’hormonothérapie et puis, à un stade plus avancé, la chimiothérapie.

La chirurgie a comme conséquence principale le fait de pouvoir entraîner des lésions de l’innervation pro-érectile – c’est-à-dire l’innervation qui permet l’érection. En effet, ces nerfs sont très proches de la prostate (2 à 5 millimètres) et il y a des risques de toucher ces nerfs. De plus, le fait d’enlever la prostate va faire disparaître le sperme et donc supprimer l’éjaculation, même si l’orgasme est parfaitement préservé.

En ce qui concerne la radiothérapie, le fait de traiter un cancer de la prostate par des rayons va également altérer le fonctionnement des nerfs et des vaisseaux, et puis va modifier, à plus long terme, les capacités d’éjaculation du patient.

Enfin, l’hormonothérapie, qui est un traitement des cancers avancés de la prostate, va, quant à elle, modifier fortement le désir sexuel, les capacités pour l’homme d’éprouver le sentiment de désir sexuel, puisque ce traitement  va annuler la testostérone.

Peut-on traiter ou prévenir les troubles de l’érection liés à l’hormonothérapie ?

Il est important, concernant l’hormonothérapie, d’informer de façon honnête et réaliste les patients des effets secondaires du traitement, et d’évaluer leur sexualité avant le traitement. C’est la seule manière qu’on va avoir de pouvoir entrer en discussion avec le patient et le couple, pour évaluer l’importance des effets secondaires du traitement en fonction de leur sexualité antérieure. Une fois cette discussion engagée, il y a, bien entendu, la possibilité d’utiliser tous les traitements qui sont à notre disposition pour améliorer la qualité des érections. En matière de « prévention », il faut savoir que plus on commence tôt, moins on risque d’avoir des effets délétères du traitement à long terme.

« Il faut commencer tôt les traitements des troubles de l’érection »

On va donc proposer au patient tout l’arsenal thérapeutique, c’est-à-dire tout d’abord les médicaments par voie orale, il y en a aujourd’hui quatre disponibles en France, dont certains sont génériqués et donc accessibles d’un point de vue financier.

Il y a ensuite plusieurs autres traitements possibles, dont il va falloir discuter avec le patient en fonction de ses souhaits et de la manière dont il envisage sa sexualité.

Il est très important de suivre et d’écouter les besoins du patient et du couple pour pouvoir les accompagner dans les changements qui vont apparaître dans leur vie sexuelle. Ceci permet une adaptation permanente à leurs désirs, à leurs souhaits et aux traitements que l’on peut leur proposer.

Est-ce que ces troubles de l’érection vont durer, ou peuvent-ils s’améliorer avec le temps ?

Parmi les questions importantes que les patients posent (ou parfois n’osent pas poser), il y a celle très fréquente de la réversibilité des effets nocifs des traitements. Quand on démarre une hormonothérapie dans le cadre d’un cancer de la prostate, c’est généralement pour une durée longue et parfois pour toute la vie. Cela nécessite donc une information claire et réaliste, car les effets secondaires de ce traitement ne vont pas aller en s’améliorant. C’est d’autant plus important d’en avertir les patients, afin qu’ils puissent s’adapter et ne pas avoir d’attente « irréaliste ».

Est-ce qu’il existe différents traitements des troubles de l’érection ?

Parmi les questions qui peuvent être évoquées, pour aller plus loin dans l’information, il y a un certain nombre de traitements qui sont très mal connus des patients, et notamment les traitements « mécaniques », tels que les implants péniens. Les implants péniens peuvent être très intéressants et utiles chez des patients qui ont une altération physique importante de la qualité des érections. Cette solution doit donc pouvoir être évoquée et discutée, cela fait partie des informations que le médecin doit donner, même si le patient pose rarement la question.

Un autre traitement qui est parfaitement accessible et qui doit être proposé au patient, c’est le traitement par « injections intra-caverneuses ». Ce traitement vient après les médicaments par voie orale, lorsque ceux-ci ne fonctionnent pas. Ce type de traitement par injection peut paraître rébarbatif, mais, chez des patients bien formés, il est parfaitement utilisable et efficace pour déclencher des érections.

Comme toujours, il ne faut pas commencer le traitement trop tard : il ne faut pas attendre que les altérations tissulaires soient trop importantes. Donc, une fois qu’on a commencé par les médicaments par voie orale, si ceux-ci ne fonctionnent pas suffisamment on passe aux injections. On peut ensuite passer aux traitements mécaniques, tels que le vacuum ou les implants.

« Les traitements « mécaniques » doivent aussi être envisagés »

Quel conseil donner aux patients qui vont être traités pour un cancer de la prostate ?

Je pense que le meilleur conseil qu’on puisse donner aux patients qui vont être traités pour un cancer de la prostate, c’est de ne pas avoir honte de parler de leur sexualité avec leur médecin. Car il peut s’agir souvent de patients âgés qui peuvent avoir des difficultés à aborder de façon naturelle leurs problèmes de sexualité. Il faut que le médecin soit capable de les mettre à l’aise, de leur proposer de parler de ces problèmes sexuels, car c’est un des aspects majeurs de la qualité de vie chez ces patients, chez ces couples dont l’homme est atteint d‘un cancer de la prostate.

« Il est important de pouvoir aborder les problèmes de sexualité avec le médecin »

Déclaration d’intérêts :

SD déclare ne pas avoir de conflit d’intérêt en lien avec le texte publié.